La Créatrice

Catherine Préfontaine débute son parcours en cinéma, où elle développe un sens du cadre, de la narration visuelle et de la mise en scène. Ces années nourrissent son regard et sa sensibilité, des qualités qu’elle transpose naturellement dans ses créations de mode.

Elle choisit ensuite de se consacrer pleinement au design de mode et complète sa formation à l’École de mode du Cégep Marie-Victorin. Peu après, elle part vivre plusieurs mois en Virginie, travaillant sur un ranch. Cette immersion dans une vie plus simple et connectée à la nature lui offre un nouveau rythme et de nouvelles sources d’inspiration. Elle commence à créer des vêtements pour des événements équestres locaux, jetant ainsi les bases d’un univers où fonctionnalité, liberté et esthétique se rencontrent.

Son travail s’articule autour de cette tension entre utilité et expression, où des références western se mêlent à des recherches contemporaines sur les volumes, les matières et les textures. Le cuir est devenu un matériau central dans sa pratique, lui permettant d’explorer la structure, la profondeur et le caractère des pièces qu’elle conçoit.

En 2025, elle participe à la première saison de Project Runway Canada, expérience qui lui permet de confronter sa démarche à des défis techniques et créatifs sous pression, tout en affinant son approche personnelle.

Aujourd’hui, Maison Préfontaine poursuit une démarche attentive à la matière et à la fabrication. Elle favorise une production locale et réfléchie, où chaque pièce est conçue avec soin et s’inscrit dans une continuité artistique durable.

L’artiste peintre

Suite à une adolescence houleuse où la nuit, au final, avait réussi à me dévorer peu à peu, un soudain cri de désespoir vers le ciel s’est vu accueilli par une réponse inattendue et frappante : c’était ma première expérience du lien qui semble exister entre nous, les humains imparfaits, et une force, ou une intelligence qui nous dépasse, tout comme l’amour nous dépasse.

Bien que cela m’a insufflé un grand espoir, j’ai dû comprendre à la dure que ce qui m’avait apparu comme transformatif n’était en fait qu’une semence, un instant d’éveil. Malgré les aventures un peu folles et les exaltations qui ont suivi, un ange a toujours su déposé sur mon chemin ce qu’il me fallait, et dieu merci, en dépose encore, et j’ai ainsi pu travailler avec le peintre Frère Jérôme, un confident de Paul-Émile Borduas, fondateur du mouvement automatiste, lui-même disciple d’Osias Leduc, un grand maitre de la peinture figurative, paradoxalement, mais très proche des mystères, et c’est cette rencontre en ‘83 qui, suite à mon engagement, m’a ouvert le chemin, les yeux et le cœur.

L’expérience de la contemplation fut le premier fruit de ma pratique, et le deuxième, de faire la découverte inattendue que quelque chose de beau, mais tout aussi insaisissable, m’habitait et pouvait se refléter dans mes tableaux. J’ai constaté plus tard qu’ils traduisaient souvent ce qui m’avait précédemment touché, et qu’en réalité, je ne rendais que ce que j’avais reçu. Mon exploration de la méditation a ensuite contribué à faire le lien entre la contemplation visuelle et l’auditive, pour constater dans la suite que les cinq sens avaient accès à cette forme de béatitude, qu’ils pouvaient s’entremêler entre eux et se décliner chacun sur plusieurs plans; le visuel, par exemple, dans la couleur, la forme ou le mouvement, fiefs, entre autres, de la mode.

Les pensées élevées et les mots peuvent aussi nous emporter, et le Taoïsme, transmis par les poèmes de Lao Tseu, fut aussi pour moi une révélation qui m’aida à approcher sur un autre angle des vérités associées à la peinture ou à la contemplation. Ainsi, lorsque ému devant un arbre, on reçoit la diffuse impression qu’il s’exprime dans un langage unique aux arbres, mais aussi qu’il porte un subtil et plus large message venu d’ailleurs, et ainsi on pourrait paraphraser les paroles du saint sage : « ces branches ne disent rien, mais tout est dit dans ces branches ». Et que nous dirais le ciel étoilé, les poissons qui s’animent au fond de l’étang ou le dessin des rides sur le visage d’un homme ?

S’il est possible de vivre du bonheur devant l’ensemble de la création, cela nous échappe trop souvent; c’est pourquoi l’art, et tous les arts, en nous le rappelant, est un puissant antidote au pessimisme, ce qui nous sera utile, et pour moi au premier chef, par les temps qui courent. L’art sait nous faire voir la perfection cachée de la vie, dans ses drames, ses pertes et sa fragilité comme dans ses moments glorieux, dans nos failles comme dans nos beautés, parce qu’il les transcende et nous fait comprendre que tout cela est partie intégrante et se fond parmi les ombres et lumières d’un plus grand et sublime ensemble.

Dostoïevski a écrit : « C’est la beauté qui sauvera le monde »; il ne faut donc pas sous-estimer son pouvoir de nous racheter et de nous réconcilier.

Dominique Préfontaine.